jeudi 15 mai 2008

LES PLAIES DES TROPIQUES









Orofara existe-t-il encore ? C’était le village des lépreux. Il était situé à quelques kilomètres de Papeete.

Y a-t-il encore des lépreux dans ce pays ?

Cet homme, que nous rencontrâmes l’autre matin, nous rendant aux marché aux fleurs, ce n’était pas un lépreux. Il souffrait d’un “mariri”, autrement dit d’un éléphantiasis.

De son nom véritable, cette maladie s’appelle la filariose. Elle est causée par des filaires, des vers parasites dont les larves sont véhiculées par les moustiques. Un bras, une jambe, les parties sexuelles, voilà les organs principalement affectés.



Pouvez-vous imaginer un éléphantiasis ?


L’homme que nous avons rencontré ce matin-là traînait véritablement une patte d’éléphant.






Il avait été obligé de fendre la jambière de son pantalon, pourtant déjà très large. Énorme, rouge, verruqueux, bubonné, violacé ... C’est à un vieux tronc d’arbre que l’on songe.


Vous ne pouvez pas imaginer ! Il traînait cette énormité, qui était enveloppée de chiffons à l’endroit où on aurait dû voir le pied.

Alors, imaginez celui, ( Jele vis un jour sur une photo jaunie ) Imaginez celui qui portait ses testicules dans une brouette !



Nous allions au marché aux fleurs, n’est-ce pas ? C’est là que nous avons rencontré l’homme au “mariri”.

mardi 13 mai 2008

MAIS LE VETEA ...









Au fond du port, tout au fond, gris, devant le gris des citernes de carburants, les vaisseaux de la Marine Nationale sont tapis. Gros lézards se chauffant au soleil, ils ne bougent guère.

De l‘autre côté une énorme bête noire est à quai, chargée de containers de toutes les couleurs. Elle s’est assoupie là depuis hier soir après avoir déplié ses appendices. Elle respire doucement, étirant vers le nord une haleine fuligineuse.

Arrive un pétrolier, bleu, long, bas sur l’eau, tuyauteries rutilantes. Deux coléoptères noirâtres l’ont pris en charge, l’un à tribord, l’autre à babord. L’un à l’avant, l’autre à l’arrière, têtus. Il font virer le mastodonte, doucement , lentement, sans bruit.

Moorea est proche, île parée d’or, orgueuilleusement drapée de vert, non sans élégance.

Le ferry demande le passage : Un coup de trompe, bref ... C’est un bousier disgracieux, mais décidé. Un insecte hydrophile, haut perché sur des patins, le double : Lui-aussi, il va à Moorea. Tout un peuple se penche aux rembardes, ivre de vitesse.




Quant au Vétéa ...

Le Vétéa est un voilier trapu. Sa coque en acier est peinte en noir. Son unique mât est en bois verni. Il a des bosses. Il a des creux. Il a dû en voir de rudes! Amarres s’effilochant ...

À la proue, trois cocotiers ... Oui, j’ai bien dit des cocotiers, et déjà de jolie taille ! Ils poussent dans des bidons. Tout autour, dans des caisses en bois blanc, poussent des pervenches de Madagascar, blanches et violettes, en gros bouquets.

Ah ! Le Vétéa ! ... Le roof est à persiennes vernies, entrouvertes toujours : Quelqu’un habite là, qui ne doit plus guère naviguer !

lundi 12 mai 2008

ÉVOLUTION










Un journaliste de passage demandait :

-” Vous qui revenez dans ce territoire après une longue absence, que trouvez-vous de changé? “

-”Au point de vue économique ? ... Tout a changé. Voyez-vous, il y a vingt cinq ans, dans n’importe quel petit restaurant au bord de la mer, on vous présentait le dimanche un buffet digne de Gargantua. Libre service. Hors d’oeuvres à profusion, cochon de lait rôti tout entier, thons énormes cuits au four polynésien. Les légumes et les bananes sortaient également du four, enveloppés de feuilles odorantes. Il y avait des fruits à satiété : mangues, ananas, pommes-cythère à la saison. On buvait de l’eau de cocos ou bien l’eau de la fontaine.

Alors, ce qui a changé ! ... Tenez, hier, c’était Noël. Nous sommes allés souper dans une auberge. À table, on était servi. Il y avait des bougies qui brûlaient dans des photophores rouges. Il y avait quatre serveurs au moins. Il y avait une fille qui prenait bien garde de montrer ses jambes, superbes au demeurant. Le patron est venu nous saluer à la sortie. Il portait une blouse blanche, avec son nom brodé en rouge sur la poitrine. Il est membre de la “Confrérie des Maîtres-Cuisiniers” ( Pardon, j’allais oublier les majuscules !)



Je m’étais ennuyé. On nous avait servi avec force grâces un Bordeaux madérisé. Nous avions eu droit à une lichette de foie gras mi-cuit, à vingt grammes de saumon accompagné d’un petit “goujou” en pâte feuilletée et d’un petit “truc” aux groseilles, gros comme l’ongle de mon pouce !

On nous avait apporté deux rondelles d’ “échine de biche” sur canapés (... quinze grammes en tout, mais la sauce était délicieuse ! )

Je crois que le Maître d’Hôtel n’a pas très bien compris lorsque je lui ai dit :

-” Tout ce que vous nous avez servi était délicieux : Vous pouvez maintenant commencer à servir ...

Accompagant la venaison, il y avait deux cuillérées de purée de pommes de terre. Venait ensuite le “chariot de fromages” ( Mais c’était le Maître d’Hôtel qui découpait les parts ! ) ... Bavaroise rosée, café “ des îles “ accompagné de ses “mignardises” ( Un chocolat gros comme la moitié d’une cerise et un bout d’écorce d’orange confite. )

-” Au revoir Messieurs Dames, j’espère que le dîner vous a plu.”




-”Mais je suis confus ! Il fallait me dire que le vin n’était pas parfait.”


Allons, c’était Noël ... Nous avons assuré que nous étions malgré tout très satisfaits ...

-” Eh bien, voyez-vous, au point de vue économique, ce pays a bien changé ! Si vous saviez combien j’ai payé !

dimanche 11 mai 2008

Où ALLONS-NOUS ?










-” Ce sont les pareos ! Ils sont tous partis ! “

En commençant ce petit papier, j’étais bien décidé à éviter le lyrisme et j’étais bien décidé à ne parler de ce pays qu’au présent. Va donc ! Tu fais le tour de l’île, et c’est toute son histoire qui revient.

Quelque chose dans le paysage, quelque chose qui n’allait pas ... Depuis ce matin, nous avons cherché ce qui n’allait pas avec nos souvenirs.

_”Il y a moins d’hibiscus. C’est vrai qu’il y a moins d’hibiscus. Ils ont été malades.”

-”Les abords des maisons sont moins soignés. “ C’est vrai : On ne peut pas transformer tout le monde en fonctionnaires et avoir toujours des pelouses soignées.

-” Les maisons de bois sont devenues rares “... C’est vrai encore : La moindre case éclatait de couleurs vives, comme une corole sous les cocotiers. Actuellement, ce pays manque de peinture.

-”Mais ce n’est pas encore cela ... Ce n’est pas cela.”




-”Ce sont les pareos qui ont disparu !”

Entendons-nous bien, les filles portent encore le pareo dès qu’elles ont quitté leur bureau. Pareos bleus, rouges, rouge et bleu, jaune et blanc ...


-” J’y suis ! c’est vrai ! Tu as raison ! “

Les pareos, naguère, flottaient aux portes et aux fenêtres, que l’on ne fermait jamais. Le vent soulevait ces rideaux. On apercevait l’intérieur, en plein dans l’encadrement de l’ouverture : Une table basse, offerte à la vue des passants, comme un autel, offrande marquant l’accueil, décoré de fleurs et de coquillages, porcelaines, tritons et “sept doigts”.

On vivait peu dans la maison, mais plutôt dans son ombre, accroupis sous l’avancée du toit, sur une sorte d’estrade basse où s’accumulaient les nattes et les cousssins.

Aujourd’hui, fenêtres et portes sont fermées ... C’est cela qui a tout changé ... À moins que ce ne soit le signe que tout a changé !

samedi 10 mai 2008

ÉLÉGANCES







Miss Tahiti ne sera pas Miss France ... Mais aussi,comment a-t-on pu avoir l’idée de lui faire porter un chapeau pareil !

-”Elle avait l’air d’une cloche !”

C’est le Président du comité de soutien qui le dit, lui-même!

-” Excusez-moi d’avoir utilisé ce mot, ajoute-t-il aussitôt, mais il faut bien appeler une vache une vache !”

Assaut d’élégances !

Que n’aurait-on fait pour essayer de plaire à Madame de Fontenay, l’organisatrice ? Elle aime les chapeaux, on va lui en donner !

Madame de Fontenay, on eût mieux fait de la comprendre lorsqu’elle déclarait à la radio que, pour être une bonne ambassadrice de la France, il fallait posséder une certaine culture. A propos de Françoise, on ne pouvait jamais parler que de “gentillesse”






Et puis qui avait conçu l’idée saugrenue de lui faire porter une robe pareille ? Il faut, pour avoir de pareils goûts être millionnaire et Chinois,
( Que l’on me pardonne : Il faut bien appeler un chat un chat ! )

La robe n’a pas plu du tout : a-t-on jamais vu une robe traditionnelle cousue de huit mille perles noires ?
On avait pour objectif de faire de la “gentille” Françoise une ambassadrice de la perliculture polynésienne.

Eh bien, c’est manqué ! Françoise est demeurée au pied de l’estrade. Elle n’aura même pas été sélectionnée pour montrer ses perles. Douze concurrentes ont été sélectionnées, elle n’en était pas. Ce qui n’enlève rien à sa beauté, ni à sa “gentillesse”.

De retour au pays, au reporter qui lui demandait ce qui l’avait frappée en arrivant en métropole pour la première fois, elles répondit “gentiment” :

-” Oh ! Mais personne ne m’a frappée, tout le monde a été très gentil. “

vendredi 9 mai 2008

LES VOILEUX












Un certain Breton, (ce que nous en savons n’est que fort peu de choses ...) Un Breton, donc, servait sous l’habit du gendarme dans quelque bourgade de province.

Il met fin à sa carrière. Il avait souvenir de vanille, ayant servi naguère dans une île lointaine.

Une coque de voilier dormait, inachevée, sur le quai d’un port. Il s’en trouve parfois ... Il l’achète. Son épouse et lui en achèvent le vraigrage et le gréement. Les voici à Tahiti ! Nous ignorons les péripéties du voyage. Ils n’avaient encore jamais navigué je crois. toujours est-il que le bateau est intact. Ils sont là.


Passent quelques années ... Quatre ? Cinq ? On a fait quelques croisiéres vers les archipels éloignés. Mais tout passe et tout lasse. Aujourd’hui, notre Breton lave sa voiture sur le quai.

-” Elle est là ? ”

-” Sans doute. Je ne sais pas.”





La Bretonne est dans la cabine, s’affairant au ménage. Le tambour d’une machine à laver calée contre la barr eà roue est en train de tourner.

Passe le ferry qui vient de Moorea. Des algues s’agitent, fixées sur la ligne de flottaison du voilier. C’est un beau et grand voilier : deux mâts, trois cabines.

-”Pourquoi ne le rentabilisez-vous pas ? Vos voisins de mouillage offrent des charters à la journée.”

-”Des étrangers chez moi ? Jamais !”

Depuis des mois et des mois, ce bateau n’a pas bougé. Il est affourché devant le bureau de poste de la ville. C’est pratique, pour le courrier ! Nous sommes au bord de la voie à grande vitesse, parcourue par un flot de voitures !

Certes, c’est un grand voilier ... Mais au total, cela fait assez peu de surface de plancher, pour un Breton et une Bretonne qui ne peuvent plus se supporter. Or le couple en est là : Paroles acerbes et rares. Quelle suite imaginer ?

Un autre, un jour, cloua la porte dans le milieu du couloir de sa maison. Mais sur un bateau ?

ON A CLÔTURÉ LA MER !











-” L’île est une terre entourée d’eau de tous les côtés ... “


... Et je sens monter en moi une rancœur à couleur de ciment, de béton, de planches imbibées de coaltar tête de nègre, et à couleur de haies bien serrées. La rancœur aux ronflements des moteurs, aux crissements des “pneus-grands-pieds” lancés sur l’asphalte à toute vitesse. La rancœur des heures vides.

On m’a volé la mer !

O ! Ces minutes qui étaient des éternités ! Bleus envahissants, omniprésents, blancs qui battaient à la mesure de mon pouls. Un perpétuel présent !

Odeurs d’iode, de sel et de gardénias. Le temps étendu devant moi. Froissement continu de la vague au récif. Le palmier qui fait chanter ses palmes ...

Rancœur comme nausée... On a dressé des planches, on a monté des parpaings : On a clôturé la mer !



Le tour de l’île sans presque apercevoir la mer ! La Pointe Vénus, la baie de Matavai, cette dernière si belle dans sa robe de soie noire ... Mais on s’y agglutine.

De là vient ma rancœur : Sur cette île, on a réussi à préserver ... deux ou trois accès à la mer ! Ce qui veut dire que, partout ailleurs, clôtures et propriétés privées vous maintiennent en-deça. J’exagère à peine.

Allons sur la plage de l’hôtel Beachcomber ... Pour y accèder, il faut payer une cotisation annuelle ...
À Paea, c’est la honte ! Il y avait là-bas une plage de sable blanc. Je devrais vérifier si elle existe encore ... Mais je sais ce qui m’attend : Il faudrait embouquer un étroit boyau, très long, entre un mur très haut, très laid, et une clôture en fils de fer barbelés. Boyau juste assez large pour moi, à condition que je marche en crabe ... Au risque d’y laisser un pan de ma chemise !


“Accès pulic à la Mer.”

Non, je n’irai pas à Paea ! Menez les enfants à la piscine ou bien à la garderie. Au bord de la plage d’Arue, les 4/4 font crisser leurs pneus. Il faut aller ailleurs.